Attaques numériques
Faux profil : comment identifier qui se cache derrière, et comment constituer un dossier de preuves
Un faux profil à votre nom, ou un profil fictif qui vous dénigre ? Comment le repérer, conserver les preuves et identifier qui se cache derrière.
En bref
- D'abord documenter, ensuite seulement signaler. Un profil supprimé emporte les preuves avec lui.
- Un profil qui usurpe votre identité peut généralement être supprimé par le mécanisme de signalement d'usurpation du réseau social.
- Identifier qui se cache derrière le profil est une autre affaire : les réseaux sociaux ne communiquent pas facilement cette information, et la voie juridique pour les y contraindre est complexe.
- Dans la plupart des cas, la personne derrière le profil laisse des traces : photos, formulations, noms d'utilisateur, horaires d'activité et relations. Les rapprocher est la voie pratique de l'identification.
- Lorsqu'il s'agit d'une atteinte à une activité ou d'une campagne, il est utile de constituer un dossier de preuves structuré qu'un avocat pourra utiliser.
Un message d'un ami : « Tu as vu ce qu'on écrit sur toi ? ». Un profil avec votre photo et votre nom, qui contacte vos clients et votre famille. Ou un profil sans visage, qui commente partout où votre entreprise est mentionnée et répand des mensonges. Un faux profil peut être une simple nuisance, comme il peut être une campagne qui atteint votre activité et votre réputation. La différence entre ces deux situations détermine ce qu'il convient de faire.
Deux types de faux profils
Le profil qui usurpe votre identité
Quelqu'un a ouvert un compte avec votre nom et votre photo, ou ceux de votre entreprise. Parfois pour tromper des personnes qui vous connaissent, par exemple pour leur demander de l'argent ou des informations. Parfois pour publier en votre nom des contenus qui vous portent préjudice.
Le profil fictif qui vous attaque
Un compte sous un nom inventé, ouvert pour dénigrer, harceler ou publier des avis négatifs. Il arrive que plusieurs profils de ce type agissent ensemble, et il s'agit alors d'une attaque coordonnée.
Le premier type est généralement plus facile à faire supprimer. Le second est plus difficile, et généralement plus nuisible.
Les signes d'un faux profil
- Le profil est récent, ou il est resté longtemps inactif avant de se réveiller soudainement.
- Peu d'amis ou d'abonnés, ou des amis qui semblent eux aussi faux.
- Des photos prises ailleurs : la photo de profil d'une autre personne, une photo de banque d'images, ou une image générée par intelligence artificielle.
- Aucune activité ordinaire : pas de photos de famille, pas d'événements, pas de commentaires d'amis. Uniquement des contenus qui vous concernent.
- Une activité ciblée : le profil ne réagit que sur un seul sujet, ou seulement lorsque vous ou votre entreprise êtes mentionnés.
- Une formulation familière : des expressions, des fautes d'orthographe ou un style qui vous rappellent quelqu'un.
Étape 1 : documenter avant de signaler
C'est l'erreur la plus fréquente. On signale immédiatement, le profil est supprimé, et les preuves disparaissent avec lui. Si vous souhaitez ensuite engager une action ou déposer une plainte, vous n'aurez rien à présenter.
Ce qu'il faut documenter :
- Des captures d'écran complètes du profil, de chaque publication et de chaque commentaire, avec l'adresse de la page (URL), la date et l'heure.
- L'adresse du profil lui-même, et pas seulement le nom affiché. Le nom peut changer, l'adresse ou l'identifiant de l'utilisateur en général non.
- Ceux qui ont commenté, partagé ou aimé, car c'est parfois là que commencent les liens.
- Les messages privés que le profil vous a envoyés ou a envoyés à d'autres, avec leurs dates.
- Les conséquences : clients qui vous ont contacté, demandes annulées, messages d'amis. C'est important si vous invoquez ensuite un préjudice.
Il est également utile d'enregistrer les pages dans un service d'archivage de sites web, afin de disposer d'un témoignage extérieur de la publication du contenu.
Étape 2 : signaler au réseau social
Tous les grands réseaux sociaux disposent d'un mécanisme de signalement de l'usurpation d'identité et du harcèlement. Si le profil usurpe votre identité, choisissez l'option de signalement d'usurpation, et pas seulement « spam » ou « contenu offensant ». Il vous sera le plus souvent demandé de prouver votre identité.
Si le profil est fictif et vous attaque, le signalement est plus difficile, car il n'usurpe l'identité de personne. Il est alors utile de signaler un harcèlement ou une violation des règles de la communauté, en joignant la documentation.
Attention : la suppression du profil ne garantit pas que l'atteinte cessera. Celui qui l'a ouvert peut en ouvrir un nouveau en quelques minutes. Lorsque l'atteinte se répète, il faut remonter jusqu'à la personne qui en est à l'origine.
Étape 3 : identifier qui se cache derrière le profil
Pourquoi le réseau social ne vous le dira pas
Les réseaux sociaux ne communiquent pas les données de leurs utilisateurs sur simple demande d'un particulier. En Israël, la possibilité de contraindre une plateforme, par une ordonnance, à révéler l'identité d'un utilisateur anonyme est limitée et juridiquement complexe, et les grands réseaux sont de toute façon établis à l'étranger. C'est une voie parfois possible, mais longue, coûteuse et sans garantie.
Comment l'identification se fait en pratique
Celui qui exploite un faux profil laisse presque toujours des traces. Un enquêteur qui travaille à partir de sources ouvertes les rapproche :
- Photos : d'où vient la photo de profil, et les photos publiées apparaissent-elles aussi ailleurs.
- Noms d'utilisateur : les gens ont tendance à utiliser le même nom d'utilisateur, ou une variante, sur plusieurs plateformes.
- Style d'écriture : expressions récurrentes, fautes d'orthographe constantes, usage des émojis ou de la ponctuation. Comparaison avec les écrits de suspects connus.
- Horaires et rythmes d'activité : à quels moments le profil est actif, et cela correspond-il aux habitudes d'une personne déterminée.
- Connaissances internes : ce que le profil sait de vous, et qui pouvait le savoir.
- Relations : qui suit le profil, qui le partage, et quels autres profils agissent avec lui.
- Chronologie : le profil a-t-il été ouvert à proximité d'un conflit, d'un licenciement, d'un divorce ou d'une concurrence commerciale.
Le plus souvent, aucun de ces éléments ne prouve quoi que ce soit à lui seul. C'est leur accumulation qui conduit à l'identification.
Ce qu'il ne faut pas faire
Lorsque quelqu'un vous porte préjudice, l'envie de riposter avec force se comprend. Mais certains actes pourraient faire de vous la partie qui a enfreint la loi :
- Ne pas tenter de pirater le profil ou les comptes de la personne que vous soupçonnez.
- Ne pas lui envoyer de liens destinés à révéler son adresse ou à recueillir auprès d'elle des informations à son insu.
- Ne pas usurper vous-même une identité pour l'amener à révéler la sienne.
- Ne pas porter publiquement d'accusation contre la personne que vous soupçonnez avant de disposer de preuves. Si vous vous êtes trompé, vous vous exposez à une action en diffamation.
Un détective privé agréé ne fait rien de tout cela non plus. Une preuve obtenue de cette manière risque d'être écartée et de fournir un moyen de défense à l'autre partie.
Que faire lorsqu'on sait qui se cache derrière le profil
Une telle décision se prend de préférence avec un avocat. Les principales options :
- Une mise en demeure exigeant la suppression du contenu et la cessation des agissements.
- Une action civile, par exemple pour diffamation ou atteinte à la vie privée.
- Une plainte à la police, en cas d'usurpation d'identité dans le but de tromper, de harcèlement menaçant ou de menaces.
- Une demande d'injonction, lorsque l'atteinte se poursuit.
Quelle que soit la voie choisie, c'est la documentation qui sera déterminante : ce qui a été publié, quand, quel est le préjudice, et ce qui relie le profil à la personne.
Quand faire appel à un détective privé
Lorsque le signalement n'a pas suffi, lorsque le profil revient sous un autre nom, lorsque plusieurs profils agissent ensemble, ou lorsque l'atteinte touche vos clients et votre activité. Ce sont les signes d'une attaque planifiée, et non d'un éclat ponctuel.
Un détective privé agréé documente le contenu de manière à pouvoir le présenter au tribunal, cartographie les profils et les liens entre eux, et rapproche les traces jusqu'à l'identification. Le résultat est un dossier de preuves sur lequel votre avocat peut fonder une mise en demeure, une action ou une plainte. Dans notre article sur les faux avis, le profil usurpateur et le site cloné, nous détaillons la manière dont un tel dossier est constitué.
Les informations de cette rubrique sont d'ordre général et ne constituent pas un conseil juridique. Chaque situation est examinée au cas par cas.
En cas de divergence, la version hébraïque fait foi.


